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À l’occasion du lancement de sa Politique d’agriculture urbaine, la Ville de Mont-Royal s’adjoint la collaboration spéciale d’Albert Mondor, horticulteur, biologiste et résident de Mont-Royal. Ses astuces en matière de jardinage sauront lancer les ménages monterois sur la bonne voie dans la création et l’entretien de leur potager, tout au long de la belle saison.


Créez votre potager urbain

par Albert Mondor, horticulteur et biologiste (albertmondor.com)

Avec la situation sanitaire et économique actuelle, de nombreuses personnes ressentent un grand besoin de tendre vers une plus grande autonomie alimentaire et de revenir à l’essence des aliments en cultivant elles-mêmes leurs légumes.

Si vous souhaitez vous aussi récolter des légumes frais cet été, vous devrez d’abord préparer le sol de votre potager avant d’y semer ou d’y planter quoi que ce soit. Voici quelques étapes à suivre pour préparer votre potager et ainsi obtenir une abondance de légumes savoureux !

Un potager en fonction de vos besoins

La culture des plantes potagères doit se faire au plein soleil, loin des racines des arbres matures. Bien que certaines plantes comestibles arrivent à pousser à la mi-ombre, la majorité des légumes exigent plus de six heures d’ensoleillement.

Un jardin potager peut prendre toutes sortes de formes et d’aspects. Toutefois, un potager carré ou rectangulaire est habituellement plus facile à intégrer à la plupart des terrains.

Une superficie d’environ 36 mètres carrés (400 pieds carrés), soit 6 m sur 6 m (20 pi x 20 pi), est généralement suffisante pour cultiver – presque – tous les légumes dont se nourrit une famille de quatre personnes à partir de la fin du printemps jusqu’à l’automne.

Il peut être fort utile de faire un croquis sur papier ou sur ordinateur de votre futur potager et d’y disposer les légumes que vous souhaitez y cultiver. Cela vous permettra de planter les végétaux dont vous avez réellement besoin.

La pelouse doit être enlevée

Il faut évidemment enlever le gazon qui recouvre la surface du sol où vous désirez installer votre potager. Comme il est difficile d’arracher une pelouse complètement sèche, arrosez-là abondamment la veille de la journée où vous effectuerez les travaux. Afin de décoller aisément les morceaux de pelouse du sol, il faut couper les racines du gazon à environ 2 cm de la base des brins d’herbes à l’aide d’un coupe-bordure ou d’une pelle-bêche parfaitement aiguisés.

Cependant, si l’aire de votre nouveau potager est particulièrement imposante, vous pouvez aussi effectuer tout ce travail à l’aide d’une machine à dégazonner spécialement conçue à cette fin. On peut trouver ce type de machine dans la plupart des centres de location d’outillage.

Des planches de culture larges et profondes

Un potager doit être constitué de parties bien distinctes, soit les emplacements dédiés à la culture des plantes et les allées nécessaires au passage des jardiniers. Les endroits où poussent les légumes sont appelés planches de culture.

Afin que les plantes potagères s’enracinent profondément et qu’elles aient une production maximale, les planches de culture doivent être larges, profondes et surélevées. Chaque planche peut mesurer environ 90 cm (3 pi) de largeur – afin d’avoir facilement accès au centre pour pouvoir désherber, fertiliser et récolter – sur une longueur variable. D’autre part, la profondeur de sol meuble d’une planche de culture doit atteindre entre 40 et 45 cm (16 à 18 po).

Pour façonner une planche, il faut ameublir le sol existant à l’aide d’une pelle-bêche ou d’une moto-bêcheuse – louez dans un centre de location d’outillage un modèle dont les lames sont situées derrière les roues – jusqu’à une profondeur de 20 à 25 cm (8 à 10 po), puis ajouter par-dessus une quantité de terre meuble, excavée dans les allées, d’environ 15 cm (6 po) de hauteur. En ajoutant finalement une épaisseur de 5 cm (2 po) de compost à la surface de la planche, on obtient une profondeur totale de terre bien meuble allant jusqu’à 45 cm (18 po).

Finalement, assurez-vous que les allées situées entre les planches sont étroites – des allées faisant au plus 30 cm (12 po) de largeur permettent de laisser un maximum d’espace pour les plantes – et recouvrez-les de géotextile et d’une épaisse couche de paillis afin d’éviter d’avoir à les désherber constamment. Les planches de culture, quant à elles, ne seront pas recouvertes de paillis.

Ci-dessus : Des planches de culture large, profondes et surélevées permettent aux plantes potagères de s’enraciner profondément ce qui améliore leur capacité à puiser l’eau et les éléments nutritifs augmentant ainsi la production de légumes.

Du compost

Il est très rare que le sol d’un terrain soit mauvais au point où il soit nécessaire de le changer. La somme de temps, d’énergie et d’argent investie dans ce genre de modification est souvent démesurée par rapport aux résultats recherchés. Même les sols sableux ou argileux peuvent devenir en quelques temps des terres de qualité convenant à la culture de la plupart des plantes potagères.

Pour arriver à obtenir une bonne terre, il faut ajouter du compost au sol existant. Le compost est un produit exceptionnel qui a des effets très bénéfiques sur le sol et les végétaux. Puisqu’il est riche en humus, le compost allège, ameublit et aère les terres argileuses souvent lourdes et compactes. De cette façon, il régularise la rétention d’eau de ces sols. Dans les terres sableuses, l’humus augmente la rétention d’eau et d’éléments nutritifs, ce qui a pour effet de ralentir l’érosion et le lessivage.

Si vous ne fabriquez pas votre propre compost, vous pouvez utiliser un compost commercial vendu en sacs. Épandez une épaisseur d’environ 5 cm (2 po) de compost sur la surface du sol de chacune des planches de culture de votre potager, ce qui correspond à environ trois sacs de compost de 15 kg par mètre carré.

Finalement, vous devez incorporer le compost et l’engrais à la terre des planches avec une pelle-bêche ou à l’aide d’une moto-bêcheuse. Une fois le compost bien mélangé au sol, le niveau final de chaque planche doit idéalement excéder la hauteur des allées d’environ 15 à 20 cm (6 à 8 po). Vous pouvez finalement aplanir la surface de chaque planche de culture et en compacter légèrement les côtés – qui seront en pente légère – à l’aide d’un râteau.

Un potager urbain en bac

Si la perspective d’avoir à enlever le gazon et d’ameublir la terre existant ne vous enthousiasme pas, vous pouvez créer votre potager dans un ou des bacs. Le bois est le matériau que la plupart des gens choisissent pour la construction de bacs potagers. Vous pouvez aussi opter pour un matériau imputrescible comme le bois composite, la pierre ou des plaques d’acier.

Bien que le bois soit un matériau très disponible et peu dispendieux, il peut pourrir rapidement au contact de la terre. Optez donc pour un bois très résistant tel que le chêne, le mélèze ou le thuya – communément appelé cèdre – et assurez-vous de recouvrir la partie interne des parois avec du polystyrène extrudé ou avec une membrane géotextile épaisse, idéalement plastifiée.

Évitez à tout prix le bois traité et utilisez plutôt du bois torréfié puisqu’en plus d’être peu sujet à la pourriture il n’émet aucune substance toxique. Vous pouvez même brûler le bois vous-même à l’aide d’une torche de soudure. Cette technique japonaise ancestrale, appelée Shou-sugi-ban, empêche les mircoorganismes du sol de décomposer le bois.

Afin que la carbonisation protège efficacement le bois, les planches doivent être brûlées sur au moins trois millimètres d’épaisseur. Si le bois n’est pas suffisamment brûlé en profondeur, la croûte de carbone protectrice disparaîtra après quelques pluies seulement.

Si vous ne récupérez pas la terre existante sous votre bac pour le remplir, vous pouvez alors utiliser un terreau commercial vendu en sacs, composé à parts égales de compost, de tourbe de sphaigne et de perlite. De plus, certains terreaux contiennent un champignon mycorrhizien qui se fixe aux racines des plantes et qui agit comme une extension du système racinaire puisant l’eau et les éléments nutritifs en plus grande quantité.

Lorsqu’on installe un bac sur une surface asphaltée ou bétonée, ou sur un sol contaminé, il est alors nécessaire de séparer le terreau qu’on y ajoute du sol existant à l’aide d’une membrane géotextile épaisse mais perméable.

Ci-dessus : Joli potager en bacs de bois.

Ci-dessus : Un bac potager dont les parois sont en acier durera de nombreuses décennies.

Et voilà ! Vous êtes maintenant prêt à planter !